Un cerveau artificiel annoncé dans dix ans
Le « Blue Brain Project » travaille depuis quatre ans à reproduire, avec d'énormes ordinateurs, le fonctionnement du cortex cérébral.
Un abus de langage courant nomme à tort «cerveaux électroniques» le contenu de nos ordinateurs et les puces de nos appareils électroniques. Sauf qu'aucun de ces dispositifs n'a l'architecture ou les fonctions d'un vrai cerveau. Depuis 2005, cependant un énorme projet de simulation sur ordinateurs, baptisé «Blue Brain Project», s'est donné comme objectif de fabriquer, dans dix ans, le premier «vrai» cerveau électronique.
Comme l'a rappelé le 24 juillet dernier, le directeur du projet, Henry Markram, de l'École fédérale polytechnique de Lausanne (Suisse) lors d'une conférence à Oxford, il s'agit plus exactement de simuler l'architecture et le fonctionnement du néocortex des mammifères au moyen d'un supercalculateur IBM de la famille Blue Gene, le troisième superordinateur le plus rapide du monde (36 téraflops). Ces machines peuvent effectuer simultanément plusieurs milliers de milliards d'opérations par seconde !
Blue Gene est capable aussi bien d'analyser en temps réel les signaux radioastronomiques dans le cadre de recherches sur l'origine de l'univers, que de simuler, toujours en temps réel, le repliement des protéines. Des performances qui en font un bon candidat pour modéliser le cerveau.
Les chercheurs se sont concentrés sur une colonne du cortex des mammifères. Autrement dit unité fonctionnelle empilant verticalement 10 000 neurones de plus de 200 types génétiques distincts. Il a fallu, pour alimenter le modèle, utiliser les données de plus de 15 000 expériences individuelles effectuées dans les laboratoires du monde entier sur des neurones en culture.
Avec ces données, l'équipe du Pr Markram a créé dans Blue Gene une colonne virtuelle de neurones corticaux où sont mimés l'architecture, la morphologie et le fonctionnement d'un réseau de 10 000 cellules en trois dimensions. L'équivalent d'un micro-ordinateur portable est nécessaire pour effectuer les calculs et la simulation d'un seul de ces neurones, c'est la raison pour laquelle Blue Gene, et ses 1 000 calculateurs ont été choisis.
Ce n'est qu'un début mais la phase 1 de l'expérience vient d'être finalisée : le modèle «vit» dans la machine. Les chercheurs ont présenté à ce cerveau in silico des images et mesuré son activité électrique de réponse : «Vous stimulez le système, et il crée sa propre représentation» à partir de cette simulation initiale, a expliqué Henry Markram. Le but final de cette première phase est d'extraire cette représentation et de l'observer. Pour voir comment le cerveau perçoit le monde !
Non seulement il faut connaître, décrire et mimer toutes les règles régissant les communications entre les cellules nerveuses, mais l'équipe de Lausanne veut descendre encore plus profondément dans chaque cellule, au niveau moléculaire des structures et des échanges !
Le Pr Markram rappelle que le néocortex apparu dans l'espèce humaine «est en réalité un nouveau cerveau. Les grands mammifères avaient besoin d'un outil cognitif pour l'éducation de leur progéniture, pour les interactions entre membres de la tribu, et pour les fonctions supérieures», comme les émotions ou la réflexion. «Cela a été un tel succès dans l'évolution que la taille de ce cortex a été rapidement multipliée par mille.»
Le projet est pharaonique : une seule colonne de cortex est aujourd'hui reproduite dans la machine d'IBM. Or notre cortex contient environ un million de ces unités fonctionnelles. Pour étudier un cerveau complet, il faudra inventer une machine informatique un million de fois plus puissante que Blue Gene. Cet outil pourrait servir à comprendre et traiter les maladies mentales ou, si les différences entre espèces sont élucidées, à dialoguer avec des animaux…
Article paru sur http://www.lefigaro.fr le 31/07/09
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puisance d'un zoom
Voici une photo de "l'inauguration" de Barak Obama du 20 janvier dernier, dans laquelle on peut distinguer nettement chaque personne dans la foule.
Pointez quelque part. Utilisez la petite main pour agrandir la photo. Attendez quelques secondes et vous serez en focus.
Cette photo a été prise avec une caméra-robot de 1.474 megapixel, soit avec 295 fois plus de puissance que les photos à 5 megapixels de nos caméras familiales.
http://gigapan.org/viewGigapanFullscreen.php?auth=033ef14483ee899496648c2b4b06233c
Quand les Anglo-Saxons découvrent les vertus du colbertisme
«Bonjour, Monsieur Colbert ! » avait titré au mois d’octobre dernier, avec une impressionnante prescience, le pourtant très libéral hebdomadaire anglo-américain The Economist. Ce journal annonçait le retour dans les pays industrialisés d’une politique dirigiste à la manière de celle qu’avait inspirée le ministre du Roi-Soleil. La semaine dernière, le grand hebdomadaire américain Newsweek a fait plus fort en proclamant à sa une : « Nous sommes tous socialistes maintenant. »
C’est que le monde anglo-saxon n’en revient toujours pas de ce qu’il a osé faire, pressé par l’urgence. Et il se demande où cela s’arrêtera. Ken Rogoff, professeur d’économie à Harvard, déclare, par exemple : « Je considère que l’élection de novembre 2008 représente un virage vers le système économique de l’Europe continentale. » Le plan de relance que Barack Obama a fait adopter par le Congrès des Etats-Unis est sans commune mesure avec ceux qui sont, plus modestement, mis en œuvre en Europe. Et pourtant, déjà, une grande partie des démocrates regrette qu’il ait été réduit dans ses ambitions. Beaucoup de ces congressmen et nombre d’économistes sont persuadés que la récession combinée à la baisse de la Bourse va rendre ingérables les systèmes actuels de fonds de pension et d’assurance-maladie et que cela nécessitera une approche « plus centralisée et plus redistributive ». Et ils se demandent si l’Amérique ne se dirige pas vers une forme de politique industrielle quand les constructeurs automobiles appellent l’Etat au secours tandis que Washington annonce toutes sortes de prêts bonifiés pour les entrepreneurs qui se lancent dans l’éco-énergie ?
Au Royaume-Uni, où le Premier ministre, Gordon Brown, est très mal en point, son adversaire conservateur, David Cameron, a provoqué la surprise l’autre jour en prenant ses distances avec la philosophie de Margaret Thatcher, ce qu’aucun leader tory ne s’était risqué à faire jusque-là. Le journal de centre-gauche The Guardian constate : « Pour la première fois depuis trente-cinq ans, le rôle de l’Etat dans l’économie revient à la mode. » Pour compléter le tableau dans cette partie du monde, le gouvernement irlandais, en injectant trois milliards et demi d’euros dans le capital de ses deux grandes banques, a été le premier en Europe à prendre le contrôle de ses principaux établissements de crédit.
Parfois, quand ce n’est pas le gouvernement qui prend l’initiative, ce sont les actionnaires qui se jettent dans ses bras. C’est ce qu’ont fait ceux de Fortis en Belgique en remettant les opérations de leur banque entre les mains des autorités de Bruxelles.
Il y a là quelque chose de si profondément nouveau que les dirigeants et les analystes du monde anglo-américain construisent toutes sortes de scénarios catastrophes. Ed Balls, un membre du cabinet britannique, établissant un parallèle avec la crise de 1929, s’inquiète publiquement : « Nous nous souvenons tous comment les évènements politiques qui ont suivi ont été provoqués par l’état de l’économie. » Un chroniqueur du Financial Times, Gideon Rachman, traduit avec un humour très sombre les temps à venir en racontant qu’en 2012 Sarah Palin, ayant battu sur un programme populiste et xénophobe Barack Obama, qui n’a pas su faire face à la crise, reçoit les félicitations du Premier ministre israélien Avigdor Lieberman et du président russe Vladimir Poutine, lequel a fait interner son prédécesseur et successeur Dimitri Medvedev, tandis qu’en France Nicolas Sarkozy n’a plus d’autres adversaires qu’Olivier Besancenot et Marine Le Pen. L’histoire économique et politique est faite de ces mouvements entre autoritarisme et démocratie, interventionnisme et libéralisme.
Plus raisonnablement, Sunder Katwala, secrétaire général du centre d’études de la Société fabienne en Angleterre, remarque : « Le balancier revient au centre, même en Amérique. »
Article paru le 21/02/09 sur www.investir.fr
7 000 crimes et délits révélés par les internautes en 45 jours
Quelque 299 005 internautes se sont connectés en un mois et demi sur www.internet-signalement.gouv.fr, et 7 267 affaires suspectes ont été révélées : après la récente mise en œuvre de cette plate-forme de signalement des sites illicites, Michèle Alliot-Marie s'est félicitée de ce premier bilan. Au siège de l'Office central de la criminalité liée aux technologies de l'information et de la communication (OCCLTIC), la ministre de l'Intérieur a considéré mardi après-midi qu'«Internet est devenu le terrain de jeu favori des criminels de toutes natures».
Outre 4 504 délits - dont près de la moitié d'escroqueries -, pas moins de 910 signalements fournis concernent des atteintes aux mineurs et 225 des propos xénophobes et racistes. Grâce à ce nouveau système, des affaires a priori insolubles peuvent être élucidées en quelques heures. Ainsi, en exploitant l'information d'un Suisse qui a repéré un pédo-pornographe sur un forum de discussion, les policiers et gendarmes de la plate-forme ont remonté une piste numérique jusqu'à localiser l'adresse du pervers qui a diffusé les images délictuelles. Ce dernier a été interpellé le 20 février à Paris, après 24 heures d'enquête. Par ailleurs, des signalements ont permis de déjouer des tentatives de suicide et de fermer plusieurs sites de fabrication de bombes artisanales. Ces derniers peuvent inspirer des terroristes, à l'image de ceux qui ont ensanglanté Le Caire dimanche dernier après avoir déniché une recette sur Internet.
www.internet-signalement.gouv.fr
Article paru sur www.lefigaro.fr - Christophe Cornevin - 22/02/09
Cadres: chute des recrutements en 2009, pas de reprise attendue avant 2013
Les recrutements de cadres devraient chuter en 2009 avant de quasi stagner en France les trois années suivantes sur fond de récession, selon une étude publiée jeudi par l'Association pour l'emploi des cadres (Apec), qui n'espère une reprise qu'en 2013.
En 2008, les embauches ont dépassé 199.400, après un repli de 4% dû notamment à un "sévère ralentissement au dernier trimestre", rappelle-t-elle.
S'appuyant sur les prévisions de la Commission européenne en matière de croissance économique pour 2009 (-1,8% pour la France) et sur le lien entre emploi des cadres et investissement des entreprises, l'Apec prévoit une chute des embauches de 17% à 165.000, notant que cela reste deux fois plus qu'au début des années 90.
Elle attend ensuite une "quasi stagnation" en 2010-2011-2012, avec des niveaux proches de 2002 après l'éclatement de la "bulle internet". La "reprise" n'interviendrait qu'en 2013, où environ 190.000 recrutements de cadres (+16% comparé à 2012) seraient possibles, estime l'association.
Si les recrutements "devraient résister et éviter la descente aux enfers", le taux de chômage des cadres va néanmoins remonter "au-delà de 4% dès 2009", contre 3,3% fin 2008, a précisé à la presse le président de l'Apec Gabriel Aretro (CFE-CGC). "Même à 5%, cela resterait sous le niveau de 2003-2004 et sans commune mesure avec les autres salariés", a-t-il noté.
Moins qu'un "chômage massif", c'est plus le chômage de longue durée qui menace les cadres, selon l'association. "L'allongement de la durée du chômage se voit depuis octobre, où le taux de retour à l'emploi à six mois est tombé à 46% contre 54% en avril", a observé le directeur général Jacky Chatelain.
Par secteur, l'industrie serait la plus touchée cette année (-35% à -21% d'embauches de cadres prévues), devant le commerce (-24% à -14%), la construction (-17% à -7%) et les services (-11% à -2%).
Les domaines de la recherche et développement ainsi que de l'informatique devraient résister, tandis que les embauches chuteraient pour les postes de commerciaux ou les fonctions dans la finance.
"Sans soutien à l'investissement des entreprises, cela pourrait aller très mal et la récession pourrait se muer en dépression", a cependant prévenu M. Artero, ajoutant que "les employeurs doivent jouer le jeu et utiliser les fonds en France".
Même si "les entreprises veulent éviter de se séparer des cadres ou de ne plus en recruter, ce qui les handicaperait au moment de la reprise, elles risquent de ne pas tenir longtemps si elles ne peuvent plus se financer", a renchéri M. Chatelain.
Jeunes diplômés et seniors risquent de souffrir plus que les autres de la crise, les uns à cause d'une forte chute des recrutements de débutants et les autres en raison de sorties accrues du marché du travail.
"La crise va effacer les améliorations récentes du recrutement et du retour à l'emploi des seniors. Il faut éviter que les plus de 50 ans se retrouvent au chômage de longue durée", a souligné M. Artero.
Les départs en retraite jouent "comme un amortisseur de crise mais moins qu'on pouvait le penser", a remarqué M. Chatelain, se demandant si "vont réapparaître les mesures d'âge" comme les préretraites ou les dispenses de recherche d'emploi (DRE).
La France, où le nombre de cadres a plus que doublé ces trente dernières années, compte environ 3,2 millions de cadres, dont un tiers a plus de 50 ans.
Article paru sur http://www.lepoint.fr/actualites-societe/cadres-chute-des-recrutements-en-2009-pas-de-reprise-attendue/920/0/316418 le 12/02/09
Chine : l'exode de 20 millions de chômeurs
Les autorités redoutent des débordements sociaux après les fêtes du Nouvel An.
Les tristes cohortes de travailleurs migrants rejetés sur les routes de Chine par la crise grossissent dangereusement. Les autorités chinoises ont affirmé lundi que vingt millions d'ouvriers migrants se trouvaient désormais sans travail. «D'après nos calculs, 15,3 % des quelque cent trente millions de ruraux qui migrent pour travailler ont perdu leur emploi ou n'en ont pas trouvé», a expliqué Chen Xiwen, un responsable gouvernemental chargé de la planification rurale.
Ces statistiques sont bien plus alarmantes que celles publiées il y a dix jours. Le Bureau national des statistiques (BNS) avait alors estimé que 20 % des quelque trente millions de personnes retournées dans leurs régions d'origine étaient privées d'emploi, soit six millions de personnes.
La situation risque encore d'empirer car les migrants rentrés dans leurs campagnes pour les fêtes y restent généralement jusqu'à la mi-février. Les sinistres comptes de chômeurs sont donc loin d'être arrêtés. Qui plus est, toujours selon M. Chen, chaque année, six à sept millions de personnes supplémentaires quittent la campagne pour aller travailler dans les bassins d'emplois manufacturiers. Résultat, ce sont déjà plus de 25 millions de personnes qui sont en quête éperdue d'un emploi.
Le spectre d'un printemps social chaotique se précise un peu plus. «Une fois rentrés dans leur village, comment gagneront-ils leur vie ? Comment vivront-ils ?, s'est interrogé gravement le responsable chinois. Voilà un nouveau facteur qui va avoir un impact important sur la stabilité sociale.»
À l'autre extrémité du marché de l'emploi, les signaux sont aussi au rouge. Ainsi, 1,5 million des 5,6 millions d'étudiants ayant obtenu un diplôme d'études supérieures en 2008 n'a pas trouvé d'emploi, et 6,1 millions de nouveaux diplômés arriveront sur le marché du travail en 2009.
Doper la consommation
Le taux de croissance minimale évoqué par Pékin pour garantir des créations d'emplois en nombre suffisant est de 8 %. Or, le chiffre pour le dernier trimestre de 2008 est de 6,8 %. Le plan de relance de 455 milliards d'euros suffira-t-il pour aller chercher les points de croissance manquants ? Depuis Londres, le premier ministre, Wen Jiabao, a confié lundi que des «mesures extraordinaires» en plus du plan déjà annoncé pourraient être prises, sans donner plus de précisions.
Ce week-end, le premier document publié par les plus hautes instances gouvernementales chinoises a averti que 2009 serait «l'année la plus dure» depuis le tournant du siècle pour les campagnes chinoises. Et que le développement des zones rurales serait la priorité numéro un. C'est ainsi que le même document annonce que les ruraux qui achèteront des biens électroménagers seront subventionnés à hauteur de 13 %.
Des mesures pouvant aider les migrants à retrouver un emploi - formations ou aides à la création de petite entreprise - ont déjà été annoncées. Une nécessité d'autant plus vitale que Pékin comptait sur les 700 millions de ruraux pour doper la consommation intérieure et compenser la vilaine chute des exportations.
Article paru sur http://www.lefigaro.fr - Arnaud de La Grange - 2/02/09
Faut-il couvrir la RN13? Le projet qui sème la zizanie
Véritable autoroute urbaine, la RN 13 empoisonne la vie des Neuilléens. Mais où trouver le milliard d'euros nécessaire à l'enfouissement de l'avenue? Et comment la réaménager? Le nouveau maire, Jean-Christophe Fromantin, propose une solution radicalement différente de celle de Nicolas Sarkozy... reprise par son fils Jean.
Le rendez-vous a été donné au Séquoia Café, au métro Sablons. En ce jour de juin 2008, seule une poignée de journalistes sont présents. On est loin des haies de caméras et de micros de la folle campagne des municipales. Un rapide café au comptoir, et Jean-Christophe Fromantin emmène la petite troupe à quelques pas de là, au siège de la chaîne de télévision M6. C'est dans une salle de réunion moderne, au parquet brillant, que le nouveau maire de Neuilly, cravate rayée sur chemise rose, a décidé de dévoiler son projet d'aménagement de l'avenue Charles-de-Gaulle. Pas dans les salons XIXe de sa mairie. Fromantin, 46 ans, est un entrepreneur, plus à l'aise parmi les patrons qu'avec les politiciens. Le projet qu'il détaille ce matin-là est au diapason. En rupture totale avec tout ce qu'on avait entendu jusque-là.
Car cela fait quarante ans que les Neuilléens écoutent leurs édiles clamer, à chaque élection, qu'ils vont enterrer, une bonne fois pour toutes, cette masse bruyante de voitures qui défile, en flot ininterrompu, sur l'avenue Charles-de-Gaulle. 160 000 véhicules l'empruntent chaque jour, entre la porte Maillot et la Défense. Deux fois plus que sur les Champs-Elysées! Un trafic supérieur à celui des autoroutes A6 et A13... Bref, une autoroute urbaine de deux fois quatre voies, terrifiante pour les piétons. Ce véritable "grand canyon du Colorado" coupe la ville en deux: Neuilly sud, côté Bois, et Neuilly nord, côté marché et mairie. Pour le traverser, il faut foncer au feu rouge, marquer une halte entre les deux voies, au milieu des pots d'échappement, dans un "refuge" encadré de barrières sales, puis reprendre son élan pour franchir le second passage piéton...
Sur le constat, tout le monde est d'accord. La RN 13 pourrit la vie des Neuilléens. Mais, depuis vingt ans, rien ne bouge. Un premier aménagement a été réalisé, à grands frais, entre 1988 et 1992: les 440 premiers mètres de l'avenue, entre le pont de Neuilly et le carrefour de Madrid, ont été enfouis sous une vaste esplanade. La ville a profité des travaux entrepris par la RATP, qui prolongeait la ligne 1 du métro des Sablons vers la Défense, pour demander que l'on enterre les voies routières. Nicolas Sarkozy, élu maire en 1983, s'est démené -avec succès- pour que la RATP prenne à sa charge l'essentiel du coût du chantier. A l'époque, il n'était pourtant qu'un obscur chargé de mission au cabinet de Charles Pasqua, ministre de l'Intérieur. Mais il savait déjà donner des coups de menton... D'autant plus motivé qu'il habitait à l'époque un immeuble situé juste à cet endroit, au n° 188 bis, au-dessus d'un pub anglais, où sa première épouse, Marie-Dominique, et ses fils Pierre et Jean continueront de vivre après la séparation du couple...
Première manif de l'histoire de Neuilly!
Après la fin de ces travaux, plus rien. Jusqu'à ce que l'association Maillot- Sablons-Madrid (MSM) ose l'impensable: le 26 janvier 2000, plusieurs centaines de protestataires parviennent à bloquer la circulation, pendant un quart d'heure, sur l'avenue Charles-de-Gaulle. "Les journalistes étaient venus nombreux, se souvient l'actuel président de MSM, Roger Francey. Vous pensez, la première manif de l'histoire de Neuilly! Ils étaient curieux de voir des dames en manteau de fourrure, petit chien sous le bras, manifester dans la rue!" Opération réussie. Nicolas Sarkozy prend conscience de l'enjeu politique. Il intègre le slogan de l'association, "Enterrez l'avenue, pas le projet", et en fait l'un des thèmes majeurs de sa campagne électorale municipale de 2001. Au passage, il invite le fondateur de MSM, Eric Schindler, un cadre supérieur de multinationale, à le rejoindre sur sa liste.
"Il n'y a pas une ville qui soit traversée par un tel flux, avec un tel bruit, une telle pollution de l'air!" Au théâtre de Neuilly, Nicolas Sarkozy s'enflamme sur scène. Nous sommes en 2006. Quatre ans plus tôt, il a cédé son fauteuil de maire au fidèle Louis-Charles Bary, et le projet de couverture de la RN13 vient de refaire surface, avec un débat public ouvert par ce grand show théâtral. Jamais l'ancien maire n'a eu autant d'atouts en main pour faire avancer les choses. Ministre de l'Intérieur, il préside le conseil général des Hauts-de-Seine depuis 2004, ainsi que l'Etablissement public d'aménagement de la Défense (Epad). En octobre 2006, à l'issue du débat, le gouvernement donne son feu vert à la "réalisation de la dénivellation et de la couverture de la RN13 de la porte Maillot au carrefour Madrid". "Un feu orange, plutôt", souligne Janine Régnaud, présidente de l'Association de sauvegarde de l'environnement Maillot-Champerret, qui milite depuis trente ans contre la création d'un tunnel.
Car il y a aussi, à Neuilly, des gens opposés à l'enfouissement. Les hostiles par principe, comme Janine et ses amis, qui dénoncent les dangers de la circulation souterraine: "Imaginez qu'un accident se produise. Le moindre accrochage, un motard éjecté, un véhicule qui prend feu, un camion en panne... La panique sera au rendez-vous avant les secours!" Et aussi d'autres, qui voient mal comment financer le projet acté par les pouvoirs publics.
1 milliard d'euros pour enterrer l'avenue...
Enterrer l'avenue coûterait -tenez-vous bien- 1 milliard d'euros, selon une note du conseil général des Ponts et chaussées, adressée en mars 2008 au ministre de l'Ecologie, Jean-Louis Borloo. 2,5 fois le prix du viaduc de Millau! Avec un budget annuel de 150 millions d'euros, la mairie de Neuilly n'a évidemment pas de quoi financer un tel chantier. L'Etat non plus, en période de serrage de vis budgétaire. Or, l'avenue Charles-de-Gaulle est restée dans son giron après la décentralisation de 2005, qui a transféré aux départements la plupart des routes nationales, sauf quelques voies jugées stratégiques, dont celle-ci. Les Français sont-ils prêts à payer 1 milliard pour les habitants de Neuilly? Une affaire si symbolique risquerait, pour le gouvernement, de tourner au cauchemar... "Cela fait des années que l'on patauge. On bute contre le coût du projet, son financement, l'opposition des riverains aux nuisances que causerait un chantier qui durerait entre sept et huit ans...", reconnaît Jean-Christophe Fromantin. En 2008, l'enfouissement est donc toujours dans l'impasse.
Alors, que faire? Aujourd'hui, deux projets s'affrontent. Celui du nouveau maire, présenté en juin dernier. Et celui de Jean Sarkozy, responsable de la section UMP de Neuilly, élu conseiller général au printemps dernier, qui reprend, tel quel, le dossier défendu par son père en 2006.
"Axe 13, un axe de compétitivité": le titre de la plaquette de Jean-Christophe Fromantin sonne comme un plan marketing de multinationale. "La vraie question, c'est 'Qu'est-ce qu'on veut faire de cette avenue ?', s'enthousiasme le maire. Jusqu'à présent, on n'a parlé que des contraintes. Moi, j'y vois un patrimoine exceptionnel à valoriser. Pas question de la transformer en avenue de Breteuil, verte mais vide! N'oublions pas que nous sommes sur l'axe historique des Tuileries à la Défense, en passant par les Champs-Elysées et la porte Maillot, avec ses grands hôtels et son palais des congrès." A son côté, le premier adjoint, Christophe Aulnette, chargé des finances et du développement économique, boit du petit-lait. Le bras droit du maire était encore, il y a peu, patron de Microsoft France (de 2001 à 2005). Il a ensuite fait un bref passage à la tête de la société de services informatique Altran, qu'il a quittée avec un confortable "parachute" de 2 millions d'euros. Ce qui lui a permis de faire un gros chèque pour financer la campagne de Fromantin... Ce projet, qui va s'accompagner de l'élaboration d'un nouveau plan local d'urbanisme, devrait lui donner matière à convaincre de nouvelles entreprises de s'installer dans la ville. La nouvelle équipe est clairement contre l'enfouissement total de l'avenue: "Tuer tout le trafic serait destructeur de valeur. Il suffirait de créer un tunnel à plus faible gabarit pour la circulation de transit et conserver en surface une belle avenue avec des trottoirs élargis, comme sur les Champs-Elysées."
Vers un nouveau combat des chefs
Le joker de Fromantin? Transformer le pont de Neuilly en pont habité. Au-dessus de l'ouvrage actuel, sur lequel passent les voitures et le métro, un nouveau tablier serait construit, entièrement piétonnier, bordé de part et d'autre par deux rangées d'immeubles de cinq à dix étages. Une idée à la fois très ancienne (le ponte Vecchio, à Florence) et très actuelle (un pont habité est en projet à Hambourg).
Jean Sarkozy, pour sa part, n'a pas lancé d'idée neuve, mais a repris le projet présenté par son père lors du débat public de 2006, élaboré par les architectes Natal et Vasconi. Pour financer une partie de l'enfouissement, deux tours de 170 mètres seraient construites de part et d'autre du pont de Neuilly, dont l'une à l'emplacement de l'actuel immeuble de bureaux de la Sacem.
Derrière ces deux options, c'est un nouveau combat des chefs qui se profile. Lors de la campagne des cantonales de 2008, Sarkozy junior a fait de l'enfouissement son cheval de bataille. En six mois, le grand blond a brûlé les étapes. Il a réussi à se faire nommer président de l'UMP de Neuilly, président du groupe UMP au conseil général et président de la commission voirie et transports, histoire de garder un oeil attentif sur le réseau routier du département. Pas mal, pour un jeune homme de 22 ans! Dès le 15 avril, il s'est précipité dans le bureau de Dominique Bussereau, secrétaire d'Etat aux Transports, à qui il a suggéré de créer un comité de pilotage. Et, dès la mi-mai, il fait réaliser par BVA un sondage auprès de 600 habitants de Neuilly, dont il ressort que 82% seraient favorables à l'enfouissement et que 75% souhaiteraient un référendum sur le sujet. Sondage aimablement relayé par Le Journal du dimanche, qui lui a ouvert ses colonnes avec une longue interview titrée "Non à la discrimination contre Neuilly".
Le "prince Jean" bénéficie des conseils avisés d'Isabelle Balkany, épouse et première adjointe (UMP) du maire de Levallois, conseillère générale et amie de la famille, qui couve le fils du président comme une poule un poussin. Lorsque Jean évoque ses projets pour la ville, on imagine sans mal, derrière son oreille, Isabelle lui souffler ses réponses: "Ces dernières années, plusieurs sièges sociaux ont quitté l'avenue Charles-de-Gaulle, dit-il. Nous avons besoin d'attirer de nouvelles entreprises. Davantage de recettes de taxe professionnelle permettrait de financer plus de services pour les Neuilléens, à l'exemple de ce qui se fait à Levallois."
Or, ce n'est un mystère pour personne, les époux Balkany sont en guerre ouverte contre Patrick Devedjian, président du conseil général des Hauts-de-Seine et patron de l'UMP. Les enjeux de l'affrontement Fromantin-Sarkozy dépassent donc le simple périmètre compris entre la Seine et la porte Maillot! Les habitants de Neuilly, qui s'étaient habitués à une vie politique calme, voire immobile, du temps de Louis-Charles Bary, ont été réveillés en sursaut par la campagne électorale survoltée de 2008. Ils risquent de ne pas se rendormir de sitôt.
article paru sur http://www.lexpress.fr Par Hélène Constanty, publié le 20/01/2009 15:25
Les Announakis
16 juin 2007









