13 mai 2006
Des milliers d'étudiants fantômes inscrits dans les universités
Pour la seule Sorbonne, la fraude à l'inscription touche 10% à 20% des filières littéraires et encore plus pour certaines langues rares.
ENTRE 10 et 20% des étudiants inscrits en littérature française ou comparée à la Sorbonne en premier cycle ne mettent jamais les pieds en cours ou en TD.
C'est ce que révèle le Comité national d'évaluation – une autorité administrative indépendante – dans un rapport sur l'université Paris-IV Sorbonne, rédigé en mars dernier. «Cela démontre à l'évidence un détournement du statut d'étudiant à d'autres fins que celui de la formation», déplorent les auteurs.
Une situation analogue est relevée dans les filières préparant aux diplômes de biélorusse, bulgare, polonais, serbe et croate ou ukrainien : des disciplines généralement peu fournies qui permettent d'accueillir des étudiants indifférents au sujet de cours qu'ils ne suivront de toute façon jamais. «Les inscriptions administratives sont nombreuses, mais les inscriptions pédagogiques (pour les cours, NDLR) se comptent à l'unité, avec un maximum de 30 pour le polonais», précise encore le rapport. Cette situation exaspère Jean-Robert Pitte, le président de la Sorbonne, qui dénonce ces «étudiants fantômes [qui] profitent du nom et de la réputation de l'établissement à son détriment». Ce phénomène est «aussi un des symptômes de la pourriture du système universitaire français», lâche-t-il.
La plupart des étudiants fantômes prennent une inscription administrative «bidon» pour obtenir la précieuse convention de stage réclamée dans les entreprises. D'autres cherchent à bénéficier de la sécurité sociale étudiante, de la mutuelle, ou des réductions (transport, cinéma) qu'offre la carte d'étudiant. Cette forme de triche est connue de longue date et n'est pas propre à la Sorbonne et ses 26 000 étudiants, admettent à mots couverts les présidents d'université.
«Système institutionnalisé»
Mais aucune étude globale n'existe sur le sujet tant il est sensible. Ces fausses inscriptions sont d'autant plus courantes qu'aucun contrôle d'assiduité n'existe à la fac. «On connaît le problème, indique Yannick Vallée, le vice-président de la Conférence des présidents d'universités, mais c'est très variable d'une filière à l'autre». La fraude serait ainsi plus répandue dans les disciplines de sciences humaines ou les études juridiques que dans les disciplines scientifiques, estime-t-il. «Nous avons une réflexion à mener, mais ce n'est pas si simple car le système est institutionnalisé dans certaines universités», observe Yan nick Vallée, qui précise que les entreprises réclament des conventions avec les universités pour accorder des stages.
L'université profite par ailleurs du phénomène. La dotation globale annuelle versée par l'État dépend en effet du nombre d'étudiants et les facs empochent 150 euros par inscription, même fantôme. «La Sécurité sociale et l'État sont lésés par ces faux étudiants... Mais aucune université n'a envie de voir sa dotation globale baisser alors que nous sommes déjà tous sous-dotés», note Jean-Robert Pitte. Connu pour son franc-parler, le président de la Sorbonne ne voit pas de solution miracle, à part l'augmentation des droits d'inscription. «S'ils passaient à 1 000 euros par an, s'exclame-t-il, on n'aurait plus de faux étudiants.»
Article paru sur http://www.lefigaro.fr rédigé par Justine Ducharne et Marie-Estelle Pech le 13 mai 2006
10 novembre 2005
Les hommes politiques encore loin du peuple
Yves Bur peine à faire de la cigarette la paria du public
Le député UMP se heurte à son camp. Il lui reste la carte du gouvernement.
QUOTIDIEN : jeudi 03 novembre 2005 Article paru sur http://www.liberation.fr par Matthieu ECOIFFIER
Interdire de fumer dans les lieux publics et de travail ? Sur le papier, cela à l'air simple. Il suffit d'une loi de trois lignes pour modifier le code de la santé publique. Politiquement, ça risque d'être plus compliqué. «Je me suis engagé dans cette affaire en éclaireur, un peu intrépide, un peu inconscient peut-être. Au gouvernement maintenant de prendre ses responsabilités», a expliqué hier Yves Bur. Le député UMP du Bas-Rhin présentait sa proposition de loi «relative à la protection contre les dangers du tabagisme passif». «Il est interdit de fumer dans tous les lieux fermés et couverts qui accueillent du public ou qui constituent un lieu de travail, ainsi que dans l'enceinte des établissements d'enseignement et d'éducation», précise l'unique article. Reste à le faire voter à l'Assemblée nationale. Yves Bur ne manque pas d'arguments. La santé, d'abord : «Didier Houssin, directeur général de la santé, a indiqué que le nombre annuel de morts dues au tabagisme passif serait de 5 000 au lieu de 3 000. Face à ce risque, une protection absolue de tous les salariés doit s'appliquer. On ne peut exclure ceux de l'hôtellerie et de la restauration alors qu'ils sont les plus exposés.» Juridiques, ensuite : «Je ne doute pas que très rapidement on va avoir les premiers procès de salariés victimes du tabagisme passif et réclamant des dommages et intérêts.» Politiques, enfin : «80 % des Français, dont 55 % de fumeurs, approuvent cette démarche. C'est un combat de santé publique, cohérent avec le plan Cancer du président de la République et sa déclaration de guerre au tabac.»
Douche froide. Dans son propre camp, ce n'est pas l'enthousiasme. Au groupe UMP, on n'est pas prêt à lui trouver une «niche» pour faire adopter sa loi. Bernard Accoyer, son président, est le premier à dire qu'il est urgent d'attendre. Il faut d'abord que la loi Evin contre le tabac et l'alcool soit «pleinement appliquée». Après seulement «viendra le moment de l'interdiction». Une position calquée, comme par hasard, sur celle des syndicats professionnels : «S'il n'y a pas de zone fumeur ventilée, l'établissement est de fait entièrement non fumeur. Correctement appliquée, la loi Evin permet d'aboutir au même résultat que l'interdiction», assure André Daguin, président de l'Union des métiers de l'hôtellerie, dans les couloirs de l'Assemblée.
Pétition. Face à ce qu'il qualifie de «prudence» du groupe UMP, Yves Bur est bien décidé à faire le tour des députés de tout bord pour leur faire signer individuellement sa proposition de loi. Comme une pétition. Il peut d'ores et déjà compter sur de nombreux soutiens à gauche. Outre celui de la CFDT, François Hollande pour le Parti socialiste et Jean-Marie Le Guen se sont déclarés hier favorables à cette mesure. «En 1991, la loi affirmait le principe qu'on ne fume pas dans les lieux collectifs à l'exception des espaces fumeurs. Je n'ai pu aller plus loin. Désormais c'est inéluctable, estime Claude Evin. Il y aura une majorité pour adopter ce nouveau texte. Au gouvernement de le faire inscrire à l'ordre du jour.»
Gouvernement qui, pour l'instant, «observe ce qui se passe» selon Bur. Xavier Bertrand, ministre de la Santé, a seulement obtenu de Matignon la permission de se prononcer «contre le statu quo actuel». «Notre objectif est clair : qu'on ne fume plus dans les lieux publics», déclarait le ministre hier à Libération. «Un rapport de l'Inspection générale des affaires de sanitaires et sociales attendu pour décembre devrait nous éclairer sur les modalités, le calendrier et le véhicule législatif pour y parvenir», précisait-on à son cabinet, où l'on n'excluait pas de reprendre le texte de Bur. Avant, ou après la présidentielle.
Alors malgré que 80 % des Français, dont 55 % de fumeurs, approuvent cette démarche, la proposition n'est même pas arrivée devant l'ensemble des députés....sans rentrer dans la polémique fumeurs non fumeurs, la question se pose plutôt au niveau de la représentation des Français.....par les hommes politiques.....








