Le blog de Mulder

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26 janvier 2009

Faut-il couvrir la RN13? Le projet qui sème la zizanie

Véritable autoroute urbaine, la RN 13 empoisonne la vie des Neuilléens. Mais où trouver le milliard d'euros nécessaire à l'enfouissement de l'avenue? Et comment la réaménager? Le nouveau maire, Jean-Christophe Fromantin, propose une solution radicalement différente de celle de Nicolas Sarkozy... reprise par son fils Jean.

Le rendez-vous a été donné au Séquoia Café, au métro Sablons. En ce jour de juin 2008, seule une poignée de journalistes sont présents. On est loin des haies de caméras et de micros de la folle campagne des municipales. Un rapide café au comptoir, et Jean-Christophe Fromantin emmène la petite troupe à quelques pas de là, au siège de la chaîne de télévision M6. C'est dans une salle de réunion moderne, au parquet brillant, que le nouveau maire de Neuilly, cravate rayée sur chemise rose, a décidé de dévoiler son projet d'aménagement de l'avenue Charles-de-Gaulle. Pas dans les salons XIXe de sa mairie. Fromantin, 46 ans, est un entrepreneur, plus à l'aise parmi les patrons qu'avec les politiciens. Le projet qu'il détaille ce matin-là est au diapason. En rupture totale avec tout ce qu'on avait entendu jusque-là.

Car cela fait quarante ans que les Neuilléens écoutent leurs édiles clamer, à chaque élection, qu'ils vont enterrer, une bonne fois pour toutes, cette masse bruyante de voitures qui défile, en flot ininterrompu, sur l'avenue Charles-de-Gaulle. 160 000 véhicules l'empruntent chaque jour, entre la porte Maillot et la Défense. Deux fois plus que sur les Champs-Elysées! Un trafic supérieur à celui des autoroutes A6 et A13... Bref, une autoroute urbaine de deux fois quatre voies, terrifiante pour les piétons. Ce véritable "grand canyon du Colorado" coupe la ville en deux: Neuilly sud, côté Bois, et Neuilly nord, côté marché et mairie. Pour le traverser, il faut foncer au feu rouge, marquer une halte entre les deux voies, au milieu des pots d'échappement, dans un "refuge" encadré de barrières sales, puis reprendre son élan pour franchir le second passage piéton...

Sur le constat, tout le monde est d'accord. La RN 13 pourrit la vie des Neuilléens. Mais, depuis vingt ans, rien ne bouge. Un premier aménagement a été réalisé, à grands frais, entre 1988 et 1992: les 440 premiers mètres de l'avenue, entre le pont de Neuilly et le carrefour de Madrid, ont été enfouis sous une vaste esplanade. La ville a profité des travaux entrepris par la RATP, qui prolongeait la ligne 1 du métro des Sablons vers la Défense, pour demander que l'on enterre les voies routières. Nicolas Sarkozy, élu maire en 1983, s'est démené -avec succès- pour que la RATP prenne à sa charge l'essentiel du coût du chantier. A l'époque, il n'était pourtant qu'un obscur chargé de mission au cabinet de Charles Pasqua, ministre de l'Intérieur. Mais il savait déjà donner des coups de menton... D'autant plus motivé qu'il habitait à l'époque un immeuble situé juste à cet endroit, au n° 188 bis, au-dessus d'un pub anglais, où sa première épouse, Marie-Dominique, et ses fils Pierre et Jean continueront de vivre après la séparation du couple...

Première manif de l'histoire de Neuilly!

Après la fin de ces travaux, plus rien. Jusqu'à ce que l'association Maillot- Sablons-Madrid (MSM) ose l'impensable: le 26 janvier 2000, plusieurs centaines de protestataires parviennent à bloquer la circulation, pendant un quart d'heure, sur l'avenue Charles-de-Gaulle. "Les journalistes étaient venus nombreux, se souvient l'actuel président de MSM, Roger Francey. Vous pensez, la première manif de l'histoire de Neuilly! Ils étaient curieux de voir des dames en manteau de fourrure, petit chien sous le bras, manifester dans la rue!" Opération réussie. Nicolas Sarkozy prend conscience de l'enjeu politique. Il intègre le slogan de l'association, "Enterrez l'avenue, pas le projet", et en fait l'un des thèmes majeurs de sa campagne électorale municipale de 2001. Au passage, il invite le fondateur de MSM, Eric Schindler, un cadre supérieur de multinationale, à le rejoindre sur sa liste.

"Il n'y a pas une ville qui soit traversée par un tel flux, avec un tel bruit, une telle pollution de l'air!" Au théâtre de Neuilly, Nicolas Sarkozy s'enflamme sur scène. Nous sommes en 2006. Quatre ans plus tôt, il a cédé son fauteuil de maire au fidèle Louis-Charles Bary, et le projet de couverture de la RN13 vient de refaire surface, avec un débat public ouvert par ce grand show théâtral. Jamais l'ancien maire n'a eu autant d'atouts en main pour faire avancer les choses. Ministre de l'Intérieur, il préside le conseil général des Hauts-de-Seine depuis 2004, ainsi que l'Etablissement public d'aménagement de la Défense (Epad). En octobre 2006, à l'issue du débat, le gouvernement donne son feu vert à la "réalisation de la dénivellation et de la couverture de la RN13 de la porte Maillot au carrefour Madrid". "Un feu orange, plutôt", souligne Janine Régnaud, présidente de l'Association de sauvegarde de l'environnement Maillot-Champerret, qui milite depuis trente ans contre la création d'un tunnel.

Car il y a aussi, à Neuilly, des gens opposés à l'enfouissement. Les hostiles par principe, comme Janine et ses amis, qui dénoncent les dangers de la circulation souterraine: "Imaginez qu'un accident se produise. Le moindre accrochage, un motard éjecté, un véhicule qui prend feu, un camion en panne... La panique sera au rendez-vous avant les secours!" Et aussi d'autres, qui voient mal comment financer le projet acté par les pouvoirs publics.

1 milliard d'euros pour enterrer l'avenue...

Enterrer l'avenue coûterait -tenez-vous bien- 1 milliard d'euros, selon une note du conseil général des Ponts et chaussées, adressée en mars 2008 au ministre de l'Ecologie, Jean-Louis Borloo. 2,5 fois le prix du viaduc de Millau! Avec un budget annuel de 150 millions d'euros, la mairie de Neuilly n'a évidemment pas de quoi financer un tel chantier. L'Etat non plus, en période de serrage de vis budgétaire. Or, l'avenue Charles-de-Gaulle est restée dans son giron après la décentralisation de 2005, qui a transféré aux départements la plupart des routes nationales, sauf quelques voies jugées stratégiques, dont celle-ci. Les Français sont-ils prêts à payer 1 milliard pour les habitants de Neuilly? Une affaire si symbolique risquerait, pour le gouvernement, de tourner au cauchemar... "Cela fait des années que l'on patauge. On bute contre le coût du projet, son financement, l'opposition des riverains aux nuisances que causerait un chantier qui durerait entre sept et huit ans...", reconnaît Jean-Christophe Fromantin. En 2008, l'enfouissement est donc toujours dans l'impasse.

Alors, que faire? Aujourd'hui, deux projets s'affrontent. Celui du nouveau maire, présenté en juin dernier. Et celui de Jean Sarkozy, responsable de la section UMP de Neuilly, élu conseiller général au printemps dernier, qui reprend, tel quel, le dossier défendu par son père en 2006.

"Axe 13, un axe de compétitivité": le titre de la plaquette de Jean-Christophe Fromantin sonne comme un plan marketing de multinationale. "La vraie question, c'est 'Qu'est-ce qu'on veut faire de cette avenue ?', s'enthousiasme le maire. Jusqu'à présent, on n'a parlé que des contraintes. Moi, j'y vois un patrimoine exceptionnel à valoriser. Pas question de la transformer en avenue de Breteuil, verte mais vide! N'oublions pas que nous sommes sur l'axe historique des Tuileries à la Défense, en passant par les Champs-Elysées et la porte Maillot, avec ses grands hôtels et son palais des congrès." A son côté, le premier adjoint, Christophe Aulnette, chargé des finances et du développement économique, boit du petit-lait. Le bras droit du maire était encore, il y a peu, patron de Microsoft France (de 2001 à 2005). Il a ensuite fait un bref passage à la tête de la société de services informatique Altran, qu'il a quittée avec un confortable "parachute" de 2 millions d'euros. Ce qui lui a permis de faire un gros chèque pour financer la campagne de Fromantin... Ce projet, qui va s'accompagner de l'élaboration d'un nouveau plan local d'urbanisme, devrait lui donner matière à convaincre de nouvelles entreprises de s'installer dans la ville. La nouvelle équipe est clairement contre l'enfouissement total de l'avenue: "Tuer tout le trafic serait destructeur de valeur. Il suffirait de créer un tunnel à plus faible gabarit pour la circulation de transit et conserver en surface une belle avenue avec des trottoirs élargis, comme sur les Champs-Elysées."

Vers un nouveau combat des chefs

Le joker de Fromantin? Transformer le pont de Neuilly en pont habité. Au-dessus de l'ouvrage actuel, sur lequel passent les voitures et le métro, un nouveau tablier serait construit, entièrement piétonnier, bordé de part et d'autre par deux rangées d'immeubles de cinq à dix étages. Une idée à la fois très ancienne (le ponte Vecchio, à Florence) et très actuelle (un pont habité est en projet à Hambourg).

Jean Sarkozy, pour sa part, n'a pas lancé d'idée neuve, mais a repris le projet présenté par son père lors du débat public de 2006, élaboré par les architectes Natal et Vasconi. Pour financer une partie de l'enfouissement, deux tours de 170 mètres seraient construites de part et d'autre du pont de Neuilly, dont l'une à l'emplacement de l'actuel immeuble de bureaux de la Sacem.

Derrière ces deux options, c'est un nouveau combat des chefs qui se profile. Lors de la campagne des cantonales de 2008, Sarkozy junior a fait de l'enfouissement son cheval de bataille. En six mois, le grand blond a brûlé les étapes. Il a réussi à se faire nommer président de l'UMP de Neuilly, président du groupe UMP au conseil général et président de la commission voirie et transports, histoire de garder un oeil attentif sur le réseau routier du département. Pas mal, pour un jeune homme de 22 ans! Dès le 15 avril, il s'est précipité dans le bureau de Dominique Bussereau, secrétaire d'Etat aux Transports, à qui il a suggéré de créer un comité de pilotage. Et, dès la mi-mai, il fait réaliser par BVA un sondage auprès de 600 habitants de Neuilly, dont il ressort que 82% seraient favorables à l'enfouissement et que 75% souhaiteraient un référendum sur le sujet. Sondage aimablement relayé par Le Journal du dimanche, qui lui a ouvert ses colonnes avec une longue interview titrée "Non à la discrimination contre Neuilly".

Le "prince Jean" bénéficie des conseils avisés d'Isabelle Balkany, épouse et première adjointe (UMP) du maire de Levallois, conseillère générale et amie de la famille, qui couve le fils du président comme une poule un poussin. Lorsque Jean évoque ses projets pour la ville, on imagine sans mal, derrière son oreille, Isabelle lui souffler ses réponses: "Ces dernières années, plusieurs sièges sociaux ont quitté l'avenue Charles-de-Gaulle, dit-il. Nous avons besoin d'attirer de nouvelles entreprises. Davantage de recettes de taxe professionnelle permettrait de financer plus de services pour les Neuilléens, à l'exemple de ce qui se fait à Levallois."

Or, ce n'est un mystère pour personne, les époux Balkany sont en guerre ouverte contre Patrick Devedjian, président du conseil général des Hauts-de-Seine et patron de l'UMP. Les enjeux de l'affrontement Fromantin-Sarkozy dépassent donc le simple périmètre compris entre la Seine et la porte Maillot! Les habitants de Neuilly, qui s'étaient habitués à une vie politique calme, voire immobile, du temps de Louis-Charles Bary, ont été réveillés en sursaut par la campagne électorale survoltée de 2008. Ils risquent de ne pas se rendormir de sitôt.

article paru sur http://www.lexpress.fr Par Hélène Constanty, publié le 20/01/2009 15:25

Posté par hpl92 à 19:48 - Couverture RN13 Neuilly - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]


17 janvier 2009

pour ou contre la couverture de la RN13 ? (av Charles de Gaulle à Neuilly)

Et bien plutôt contre
Je trouve que la plus grande partie des arguments évoqués sur ce site sont justes...
http://www.neuillyperif.com/

- Utilité contestable : cela n'empêchera pas les bouchons de la porte Maillot et de l'entrée sur la Défense
- Des nuisances pendant au moins 8 ans.
- Un coût trop élevé, qui va être payé par tous (ville, région, état), donc augmentation des taxes.....
- Avons nous vraiment les moyens de faire des projets d'une aussi grande ampleur pour une utilité toute relative et pour une minorité ? n'y a t il pas d'autres dossiers ayant une plus grande priorité et surtout qui seront d'une véritable "utilité public". Avoir une politique de grands travaux pour dynamiser l'économie est une bonne chose, faut il encore que le choix de ces grands travaux aille dans le sens de l'utilité public' et du plus grand nombre.....


Posté par hpl92 à 17:53 - Couverture RN13 Neuilly - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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