21 octobre 2005
OMC : le chaos européen inquiète le monde
commerce Six pays sur vingt-cinq appuient la demande française de surveiller plus la Commission européenne.
Pierre Avril (à Bruxelles) et Aude Marcovitch (à Genève)
[21 octobre 2005]
FACE à ses partenaires de l'Organisation mondiale du commerce (OMC), l'Union européenne s'est retrouvée hier prisonnière de la violente polémique qui a éclaté entre Paris et Bruxelles sur le dossier de l'agriculture. Sensible aux pressions exercées par la France et d'autres nations agricoles de l'UE, la Commission européenne a démenti l'intention qui lui était prêtée par Washington de proposer, dans les prochains jours, de nouvelles offres en matière agricoles. «Nous souhaitons des avancées sur le problème de l'accès aux marchés dans l'agriculture, mais cela ne doit pas être considéré isolément et les membres de l'OMC doivent bien le comprendre», a déclaré Peter Mandelson. Le commissaire au Commerce attend que ses partenaires lui renvoient l'ascenseur, en proposant de nouvelles concessions sur les biens industriels et les services.
Mardi, au contraire, il estimait que l'agriculture représentait «la clé pour débloquer les négociations». Décrivant hier la teneur d'une réunion à Genève avec ses homologues du Club des cinq (Etats-Unis, Australie, Brésil et Inde), il a précisé : «J'ai beaucoup de respect pour les vues de la France, mais notre mandat découle de l'ensemble des pays membres. Or ces derniers ont décidé mardi que nous devions poursuivre cette négociation, y compris sur l'agriculture, et c'est ce que nous avons fait.»
Dès lors, la demande de Mandelson concernant les autres chapitres de la négociation semble davantage être un repli tactique, dicté par les pressions françaises, qu'une reculade. Hier, Paris poursuivait ses attaques contre la Commission.
Le premier ministre, Dominique de Villepin, a estimé que Bruxelles ne devait «pas s'engager plus avant» sur le volet agricole des négociations. Et les deux parties se préparent à une guerre de tranchées. La France met tout son poids dans la tenue, hier à Genève, d'une réunion d'experts européens censée avoir démontré que la Commission n'avait «pas été en mesure d'apporter une preuve claire et argumentée de ce qu'elle restait dans son mandat». Et la brandit comme un totem.
Si douze pays environ partagent à des degrés divers les préoccupations agricoles françaises, six seulement ont appuyé la demande de Paris de créer un groupe d'experts nationaux.
L'avertissement de Barroso
Mais, au bout du compte, les Vingt-Cinq avaient refusé, mardi à Luxembourg, de faire une quelconque référence écrite à cette réunion genevoise. «Les Français peuvent dire ce qu'ils veulent, ce meeting n'a aucune valeur politique», explique la présidence britannique.
Il avait été convoqué il y a quinze jours simplement pour examiner «l'impact économique» des propositions agricoles européennes, ajoute la Commission, qui lui dénie à son tour toute valeur «juridique». Sur le fond, la Commission ne cède en rien sur ses positions et le conflit semble dans l'impasse. «On ne peut pas demander à l'Europe de bloquer la négociation multilatérale», a déclaré le président de l'exécutif communautaire, José Manuel Barroso, dans une allusion transparente à la France. C'est bien l'effet auquel les négociateurs ont été confrontés cette semaine à Genève.
Au lendemain de la réunion infructueuse du Club des cinq mercredi soir, le monde entier regardait vers l'UE. Et, à mots couverts, le blâme était jeté sur Paris. Pour Robert Portman, le représentant américain au Commerce, «l'UE ne semble pas réaliser qu'il y a urgence, or il nous reste peu de temps d'ici à Hongkong». Faisant allusion aux exigences françaises à l'égard du commissaire européen, Portman a indiqué : «La pression, nous la connaissons aussi. Nous faisons tous face à des pressions internes. Nous devons faire avec.»
Pour sa part, le ministre australien au Commerce, Mark Vaile, a estimé que le moment était mal choisi par Paris pour marquer son mécontentement : «C'est malheureux que ce soit à cette étape, alors que nous sommes tous réunis ici pour deux jours afin d'avancer dans les négociations, que nous sommes bloqués, parce que l'UE n'a pas eu la possibilité d'agir.» Quant au directeur général de l'OMC, Pascal Lamy, il a signalé une nouvelle fois que «l'UE devait travailler dur sur l'accès au marché».
Un officiel d'un pays en développement présent à la réunion mercredi soir a décrit une atmosphère «remplie de déception». Hier, enfin, plusieurs ministres du G 10 (pays importateurs) et le Canada se sont joints au petit groupe de négociateurs pour faire valoir leurs points de vue.
Article paru sur http://www.lefigaro.fr/








